"Dans l'alcool, tout est faux..."


Rester sobre et aider d'autres alcooliques à y parvenir : une devise que les hommes et les femmes d'Alcooliques Anonymes mettent en oeuvre en se réunissant pour s'en sortir ensemble. Récit d'une soirée avec les A.A.

"Bonjour, je m'appelle Gérard et je suis alcoolique". Gérard saisit son "Douze et douze": aux A.A., ce petit livre bleu incarne le sentier lumineux qui mène à la rédemption. A l'intérieur de ce modeste guide d'apparence biblique, les douze étapes du fameux programme de rétablissement qui leur a permis à tous, un beau jour, de "poser le verre". Méthodiquement, il en récite quelques extraits. La séance est ouverte.
Ils sont six, ce soir, hommes et femmes, côte à côte autour de la table. Animés d'un même et unique désir: arrêter de boire. Définitivement. "Faire partie des A.A., c'est savoir que les anciens sont là à chaque instant pour nous aider, nous conseiller. A mon arrivée, on m'a dit : tu n'es pas seul. Je sais que je ne le serai plus jamais."

Inventaire mental
Pour tous, un vécu identique, une vie qui bascule et la conviction qu'il n'y a plus d'issue. Comme pour Pierre, "le premier verre à 12 ans, le dernier à 42 ans. Entre temps, ivre tous les jours. Mes trois fils ne m'avaient connu que comme cela. En buvant, je me fabriquais un monde. Sans cela, je n'arrivais pas à aller vers les autres. Mais dans l'alcool, tout est faux."
Tous évoquent ce mélange ambigu d'introversion, de malaise et d'orgueil fou qui les a poussé à se réfugier dans ces vapeurs éthyliques si douces à ceux qui ne s'aiment pas. "Au départ, c'est un remède miracle, reconnaît Bénédicte. J'avais perdu mes complexes, je pouvais briller. En réalité, je me suis massacrée. Je voulais mourir pour supprimer ce monstre de 106 kg."
Tour à tour, chacun se livre au périlleux exercice de l'introspection. Chaque mot est pensé, pesé. Ici, on parle d'"inventaire mental". Il doit les aider à tourner la page de leurs terribles années d'"alcool noir".

En finir
Gérard, lui aussi, s'était résigné "à en finir le plus vite possible. Et si j'ai frappé à la porte des A.A., c'est parce que j'étais convaincu que c'était un groupe de gens qui se réunissaient pour picoler! Et c'est cela qui m'a sauvé..."
Mais que peut donc leur offrir cette structure après les multiples échecs de toute l'artillerie lourde des cures à répétition et autres expédients psychiatriques? Tout est dans la méthode. Une formule élémentaire et puissamment efficace, dite "des 24 heures." Un programme à court terme qui libère le malade alcoolique de l'angoisse du lendemain: "Aujourd'hui, je ne bois pas. Demain, je ne sais pas", explique Gérard.
Chaque jour, la décision est reconduite à la manière d'un nouveau petit défi. Au commencement, l'abstinence: une période durant laquelle ne pas reprendre un verre est un combat de chaque instant. Lorsque, au prix d'un long et courageux travail sur soi, elle devient une évidence, on parle de sobriété.

Dédramatiser
Entre temps, chaque réunion doit leur permettre de surmonter les affres du quotidien. "Mais ce qui importe le plus, explique Marianne, c'est la liberté de choix. J'étais alcoolique pratiquante, esclave du produit. Personne ne m'a jamais dit d'arrêter de boire. rien n'est imposé. Mais j'ai découvert une démarche positive qui m'a mise face à mes responsabilités."
Ce qu'ils ont découvert, surtout, c'est que l'alcoolisme est une maladie qu'il faut accepter: une prise de conscience douloureuse mais salvatrice. Exit la honte, la culpabilité. "Dédramatiser, se reconnaître dans le témoignage de l'autre, permet de reprendre confiance", ajoute Gérard. D'autant que l'anonymat est une règle infranchissable: aux A.A., on fait totalement abstraction de son identité.
Aujourd'hui, Gérard estime avoir retrouvé sa dignité, "une vie sans remords, sans angoisse." Bénédicte hésite. Elle dit ne pas pouvoir formuler le bonheur que les A.A. lui ont apporté. Et de conclur
e: "Je pense que mon sourire suffit..."

Tania Drzewinski  DNA

Retour

Accueil  /  Notre définition  /  Nos réunions  /  Contacts  /  Nos outils  /  FAQ  /  Témoignages  /  Presse-book  /  Pour les médecins  /  Liens