Je m'appelle Yasmina et je suis alcoolique.

Je reviens d'un séjour d'une semaine en Espagne pour voir ma fille. De 1992 à 1999, je ne l'avais plus revue.

Eva (ma fille) est née en 1988. A cette époque, je buvais mais je croyais contrôler ma consommation d'alcool. J'avais cessé de boire pendant ma grossesse et l'allaitement. Ensuite, comme je me considérais « responsable », je ne buvais que les soirs, une fois Eva couchée. La journée, je prenais des médicaments pour « tenir le coup » et être « active ». Je tenais une épicerie qui restait ouverte en continue du matin jusqu'au soir.

Et puis l'alcool prenait de plus en plus le dessus. Je ne contrôlais plus ma consommation. Je commençais à boire de plus en plus tôt. Mais pas au réveil ! ! Je n'étais pas alcoolique, ah non ! ! Les alcooliques, pensais-je, c'étaient ces « clochards » qui buvaient déjà dès le matin au lieu d'un café ! ! Moi, il me fallait mon café ! ! !

J'étais en manque au réveil mais je ne le savais pas. Je pensais que c'étaient les « vapeurs » d'alcool de la veille. Jusqu'au jour où, à peine bu un verre, les tremblements se sont estompés et j'étais comme « lucide ». J'ai eu peur. Je me suis dit « J'ai peut être un problème de « dépendance » avec l'alcool. Je ne pensais vraiment pas en arriver là. Moi qui « contrôlais » ! ! !

A partir de ce moment là, je me suis sentie « vaincue » et la descente aux enfers a commencé. Je n'arrivais plus à réduire ma consommation d'alcool et quand j'y pensais, je buvais le double. J'avais tellement honte de moi que je me cachais, je n'osais plus regarder ma fille en face, je me laissais insulter, dénigrer par mon ex mari, je voulais mourir…

Je grondais ma fille, je hurlais… Aujourd'hui, je peux dire que c'était parce que j'étais très mal, je hurlais mon désespoir. Ces moments violents me font encore mal aujourd'hui. Je ne savais pas comment faire pour arrêter ce cycle infernal. Seule ma suppression physique pouvait arrêter tout ça.

Francisco (mon ex mari) m'a parlé d'un centre de désintoxication et j'y suis entrée en août 1992. J'ai accepté d'y aller mais pas pour moi. Pour fuir le village, Francisco que je n'aimais plus et surtout, surtout, GUERIR afin de récupérer ma fille et retrouver la dignité d'être une mère.

Seulement voilà ! Dès mon entrée dans cette cure, les grands-parents d'Eva se sont empressés de l'emmener avec eux dans le sud d'Espagne et Francisco, ne supportant pas mon désir de divorcer, m'a fait du chantage. Je retourne vivre avec lui ou je ne vois plus notre fille. Une fois abstinente, je ne supportais plus sa présence. Le fait même qu'il me touche me donnait des nausées.

En juin 1994, je suis en phase de « réinsertion sociale » après avoir passé plus d'une année dans une communauté (toujours pour mon rétablissement). Je dois être capable de chercher du boulot, un appartement, bref, être autonome. Je trouve un boulot… dans un bar ! ! ! Je trouve un appartement, en cohabitation avec des sœurs jumelles.

Seulement voilà, lâchée dans la nature, rien n'a changé (j'avais pas compris que c'était à moi de changer), voyant les difficultés pour revoir ma fille (on me retournait mes lettres, au téléphone on me raccrochait au nez) j'ai bu à nouveau. Toute mon illusion s'était envolée. Je croyais que tout aurait été plus simple, bref, que les choses me viendraient sur un plateau…Moi qui croyais être guérie ! ! ! J'ai pas compris…pas compris que je rebuvais de plus belle.

Dans mon désespoir, j'appelle ma mère, lui demande un billet de retour. Et me voilà à Strasbourg, dans ma ville natale, chez papa et maman. Quelle déception ! J'ai tout raté. J'avais honte. Mon père achetait le journal les dimanches et j'ai vu, dans la rubrique « téléphones utiles » Alcooliques Anonymes. J'ai relevé le numéro, au cas où ! !

Et puis un soir, après avoir bu, ma mère, sentant mon haleine, me demande « mais pourquoi tu bois ? alors que t'étais en cure 2 ans durant ». J'ai hurlé « je ne sais pas pourquoi je bois ». Je n'ai jamais été aussi sincère. Et je me suis posée la question « Mais jusqu'à quand tu vas boire ? » Je ne voyais plus le bout… je ne voyais plus d'espoir… j'ai eu peur et j'ai téléphoné aux AA. On m'a dit qu'il y avait une réunion le soir même à 20h30. Mon frère m'a accompagné, sur ordre de ma mère ! !



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